par Bernard Maris
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mardi 6 janvier 2009

Faut-il évaluer la nature?

Mardi 6 01 08

De plus en plus d’hommes politiques se demandent s’il ne faudrait pas évaluer la nature ?

Les économistes libéraux, les tenants de la doctrine de l’offre et de la demande, et du marché, ont toujours considéré que la nature ne valait rien. Comme elle ne faisait pas l’objet, en général, d’échanges marchands, on ne pouvait lui donner de prix. Pour cette raison, elle pouvait être pillée, dévastée, polluée, remplie de sacs plastiques ou de carbone. Cela paraît évident, n’est-ce-pas ? : Un poisson n’a de valeur que tant qu’il y a une offre et une demande de poissons. Mais comment donner une valeur aux récifs coralliens par exemple ? Et quel prix donner à une forêt, si ce n’est le prix du bois de chauffage, ou de la menuiserie ?

Et les économistes socialistes ont tout aussi méprisé la nature...

Oui, pour eux, ce n’est pas l’offre et la demande qui fixe la valeur, mais le travail. Tout dépend de la quantité de travail inclue dans les objets, ou dans les machines produisant les objets. Mais comme une espèce animale sauvage n’exige aucun travail, contrairement à une espèce domestique, elle ne vaut rien. Que vaut une espèce en voie de disparition ? Rien. Et elle vaut d’autant moins qu’elle est inconnue : on sait qu’en détruisant l’Amazonie, on détruit des espèces dont l’homme, hélas, n’aura jamais connaissance, mais comme on ne sait pas ce qu’on détruit, on ne détruit rien.

Ce qui est dommage pour la connaissance et le savoir...

Grandement dommage. Lorsqu’on tente d’évaluer le coût de la déforestation, on n’évalue pas la perte de savoir qu’elle occasionne. De même la disparition d’un peuple et de sa langue occasionne une extraordinaire perte de savoir, exactement comme l’incendie d’une bibliothèque emplie de parchemins qui n’auraient jamais été déchiffrés. Mais personne ne songerait à évaluer la disparition d’une langue.

Pour en revenir à la forêt, lorsqu’on évalue la déforestation, on peut, et c’est un très grand progrès, évaluer le coût du réchauffement du à la disparition de la forêt. C’est ce que s’efforcent de faire des économistes, comme Nicolas Stern, qui déterminent le coût du réchauffement climatique, en proportion du PIB mondial. C’est bien, mais ça ne suffit pas. Au fond, la véritable évaluation de la nature, comprendrait la somme de richesses et de connaissances potentielles qu’elle contient... Notamment les espèces animales et végétales. Mais...

Mais comment évaluer ce que l’on ne connaît pas ?

Et voilà toutes les limites de l’économie. L’économie n’est que du domaine de l’existant, du tangible, du présent, du court terme. Qui en 1980 aurait pu évaluer Internet ? Et si, en conclusion, la notion de valeur n’était pas économique ?

La phrase : « Tout ce qui a un prix n’a pas de valeur » attribuée à Nietzsche.


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